Dans le paysage industriel lyonnais, certaines entreprises se distinguent non pas par leur taille, mais par la force de leur engagement et la clarté de leur vision. Lyon Industrie Services (LIS) est de celles-là. Fondée en 2017 par John Rodel, cette structure spécialisée dans l’électrotechnique et l’automatisme s’est imposée comme un partenaire de confiance pour des secteurs aussi exigeants que la chimie, l’agroalimentaire ou l’environnement.
Loin des modèles de croissance effrénée, le gérant prône une approche où la proximité avec le client et le bien-être des collaborateurs priment sur les indicateurs financiers purs. À travers cet échange, John Rodel nous livre les dessous d’une aventure entrepreneuriale marquée par la résilience, l’expertise technique et une volonté forte de préserver une culture d’entreprise à taille humaine.
Pouvez-vous nous résumer les étapes de votre parcours avant de prendre la direction de Lyon Industrie Services ?
John Rodel – « J’ai travaillé 23 ans dans l’agroalimentaire en passant par tous les postes : électricien débutant, chef d’équipe, chef de chantier et coordinateur. Après un licenciement suite à une restructuration, j’ai rejoint une autre société pendant quelques années qui a malheureusement déposé le bilan. Vu mon âge, je me suis dis que c’était le moment de tenter l’expérience de créer mon entreprise, ça faisait un moment que j’y pensais. »
Le parcours de John Rodel illustre parfaitement la transition du statut de technicien expert à celui de dirigeant d’entreprise. Son ascension « rang par rang » lui confère une légitimité technique indiscutable auprès de ses équipes et de ses clients. Cette double compétence est un atout stratégique majeur dans les PME industrielles : elle permet une compréhension immédiate des contraintes opérationnelles tout en assurant une gestion réaliste des projets. Son passage par des structures ayant connu des difficultés financières a également forgé sa prudence et sa détermination à bâtir un modèle économique sain et transparent.
Lyon Industrie Services est née en 2017. Quelle était l’ambition initiale et comment avez-vous structuré le lancement de l’activité ?
John Rodel – « Ce qui a dynamisé le projet, c’est que nous étions deux associés au départ, ce qui permet de partager les responsabilités. Le but était de voler de nos propres ailes en alliant nos profils complémentaires : moi sur la partie électrotechnique et mon associé sur le volet commercial et administratif. On a débuté en pépinière d’entreprise à Lyon, ce qui nous a permis de ne pas être isolés, de partager des expériences avec d’autres jeunes entrepreneurs et de bénéficier d’un accompagnement pour les aspects RH ou bancaires. »
L’incubation en pépinière d’entreprises constitue une phase critique de structuration pour une TPE. Ce choix stratégique permet non seulement de lisser les coûts fixes initiaux, mais aussi d’intégrer un écosystème favorisant la fertilisation croisée. La complémentarité initiale du binôme fondateur (technique vs commercial) est un facteur classique de succès, permettant de couvrir les deux piliers fondamentaux de la survie d’une jeune pousse : la production de qualité et la génération de cash-flow. Bien que la gouvernance ait évolué depuis, l’ancrage de LIS dans une culture de partage et de solidarité demeure un trait saillant de son identité actuelle.
Quels sont les secteurs industriels que vous couvrez aujourd’hui et quelle est la valeur ajoutée face à la concurrence ?
John Rodel – « On intervient beaucoup dans l’environnement, notamment le traitement d’eau ou les centres de tri. On travaille aussi dans l’agroalimentaire, la chimie, la pharma et les machines spécialisées, comme des lignes de peinture ou des scieries industrielles. On reste concentrés sur le milieu industriel pur où l’on peut apporter notre expertise en câblage et automatisme. Ce qui nous différencie, c’est la souplesse et la disponibilité. On est reconnus pour faire un travail de qualité. Pour moi, l’esthétique d’une armoire électrique est importante : il faut que ça marche, mais il faut aussi que le résultat soit propre. »
Le positionnement de LIS se caractérise par une diversification sectorielle intelligente, lui permettant de résister aux cycles économiques. En ciblant les secteurs de l’environnement et des machines spécialisées, l’entreprise se place sur des marchés de niche à forte valeur ajoutée technologique. Dans l’industrie, au-delà de l’efficacité du résultat, la « qualité perçue » (esthétique du câblage, respect des schémas électriques, etc.) est un vecteur fort de fidélisation. En misant sur cette excellence opérationnelle associée à une grande agilité, LIS s’impose comme une alternative crédible face aux grands groupes, souvent rigides pour les projets sur-mesure.
Vous avez traversé une période de turbulences suite au départ de votre associé. Comment avez-vous relevé ce défi stratégique ?
John Rodel – « Après le Covid, les conditions économiques et le marché du travail ont été fortement chamboulés, additionnés à des aléas personnels, j’ai repris les rênes de l’entreprise seul. Le challenge était de remonter la pente en un an. À l’époque, on a pris un énorme chantier pour une scierie. C’était un risque fou car on n’avait pas la capacité manuelle, mais c’était la solution pour renforcer notre trésorerie. On a réussi, et ça nous a permis d’être ce qu’on est aujourd’hui et de vivre plus sereinement. »
Le redressement piloté par John Rodel démontre une forte agilité stratégique. En acceptant un projet hors normes par rapport à la taille de son effectif permanent, le dirigeant a transformé un risque de faillite en un levier de capitalisation. Cette gestion de crise repose sur une mobilisation exceptionnelle du facteur humain et une utilisation intelligente du travail temporaire pour absorber les pics de charge. Ce succès a non seulement assaini la trésorerie, mais a également prouvé la capacité de LIS à gérer des projets d’envergure, renforçant ainsi sa crédibilité sur le marché national.
Comment voyez-vous l’évolution de Lyon Industrie Services dans les prochaines années et quel message adressez-vous aux futurs talents ?
John Rodel – « Mon ambition est de rester une structure à taille humaine, une dizaine de personnes idéalement. Je n’ai pas envie d’aller vers 40 personnes, car cela demande une organisation trop lourde et génère un stress permanent. L’idée est de structurer pour que l’entreprise puisse perdurer, peut-être avec mes enfants s’ils souhaitent prendre la relève le moment venu. Il faudra progressivement que je me remplace sur la partie commerciale pour laisser plus de place à la nouvelle génération. Pour l’instant, mon plaisir est de passer encore au moins 6 mois par an sur les chantiers. »
La stratégie de John Rodel s’inscrit dans une logique de « Small is Beautiful ». En plafonnant volontairement l’effectif à moins de dix collaborateurs, il préserve l’agilité de l’entreprise et évite l’écueil de la bureaucratisation. Cette vision témoigne d’une lucidité sur les enjeux de la transmission d’entreprise. Préparer le terrain pour une éventuelle succession familiale tout en maintenant une activité de terrain montre que le gérant privilégie la transmission d’un savoir-faire et d’un état d’esprit plutôt que la simple maximisation de la valeur actionnariale. C’est une vision de l’entrepreneuriat durable, axée sur la maîtrise technique et la sérénité du dirigeant.